Existe-t-il des barrières à la promotion des auteurs nordiques en France ?

A part la frontière de la langue qui est la première barrière essentielle à franchir pour un auteur d’un petit pays, il est dommage aussi de voir un éditeur français publier un ou deux livres d’un auteur puis ne pas donner suite, soit parce que l’éditeur part vers une autre enseigne, soit parce le marché n’est pas au rendez-vous, car il faut que ça marche vite pour continuer… Cela s’est vu plusieurs fois. Ces changements entre grandes maisons d’édition peuvent énormément pénaliser un auteur, tout comme l’arrêter au bout d’un ou deux livres : peu d’éditeurs se risqueraient à le reprendre au vu de l’échec du précédent. Je pense à un auteur comme Ib Mikael, publié par Actes Sud et Christian Bourgois : c’est un des écrivains danois les plus connus et populaires , mais son œuvre n’a pas eu toute la chance qu’elle méritait en France : on a l’impression que nul ne peut maintenant reprendre le flambeau, que c’est trop tard, car l’œuvre est désormais émiettée.

C’est donc un point important pour une petite maison d’édition comme Gaïa. Et nous insistons là-dessus auprès des éditeurs nordiques : ils voient bien d’ailleurs que nous suivons nos auteurs, que nous n’abandonnons pas si ça ne marche pas au bout de la deuxième ou troisième publication. Voyez Leif Davidsen : depuis toutes ces années qu’on le publie, il ne trouve toujours pas son public en France ni d’éditeur en poche, car il est trop à cheval entre la littérature et le suspense ! Or au Danemark, c’est un des auteurs qui se vend le plus, et cela depuis des années. A l’inverse, nous avons réédité un titre que nous pensions mériter une nouvelle promotion : le Finlandais Daniel Katz, dont Le Grand-père Benno avait été publié par les Presses Universitaires de Caen.

Nous voulons bien sûr éditer des classiques, mais pas seulement pour faire du classique. Il faut qu’ils soient à la hauteur d’un Pelle le Conquérant ou du Orm le Rouge de Franz Gunnar Bengtsson, que nous n’avons pas encore réussi à bien faire connaître…

Notre première série fut La Saga des Emigrants de Vilhelm Moberg en version intégrale, après un précédent raccourci de moitié : l’œuvre compte 2000 pages… Un autre éditeur français aurait difficilement pris le risque de le publier en entier, mais je l’aimais tant depuis mes 15 ans que j’attendais avec impatience le jour où Gaïa tenterait le coup… Et ce fut le succès ! Les deux premiers volumes eurent droit à une presse élogieuse : entre autres trois pages dans Libération et des appels constants de libraires et lecteurs s’enquerrant des dates de parution de la suite. Je mes souviens même d’un appel d’une lectrice furieuse, qui trouvait scandaleux qu’on la laisse plusieurs mois attendre le tome suivant… Pour nous, l’impatience des gens était formidable ; tout cela nous permit de publier la suite dans l’année !

Puis vinrent les quatre volumes de Pelle le Conquérant de Martin Andersen Nexø, que j’aime autant que La Saga des Emigrants. Mais allez savoir pourquoi, la presse l’a passé sous silence : je suis donc bien contente que Points Seuil l’ait repris et lui donne une seconde chance. Puis vint la série des Gens de Hellemyr .

C’est entièrement dû Alain Cappon, un passionné qui ne traduit que ce qu’il aime ! Il nous appela un jour pour proposer ses textes : il n’attend pas la signature d’un contrat pour traduire. Mais pour nous, ce n’est pas sans difficultés : nous ne pouvons pas lire l’œuvre originale, ce qui complique le suivi de l’auteur, et nous sommes dépendants du traducteur… Mais la promotion la littérature serbo-croate est difficile en France, au point que nous nous demandons s’il ne vaut pas mieux arrêter, ou ralentir du moins. Vous savez, ces titres ne sont tirés qu’entre 2000 et 2500 exemplaires, et on en vend beaucoup moins ! Pas de presse et beaucoup de retours : c’est désolant vu la qualité de ces auteurs, un gâchis…

Le succès vint avec Les Loups de Voïvodine de Miroslav Popovi. On s’était dit que si cet auteur ne marchait pas, on laisserait tomber le domaine serbo-croate… Pour le lancer, on avait même plaisanté avec notre diffuseur et nos libraires pour l’appeler Popovitsen pour le promouvoir comme auteur nordique, un auteur Serbo-Croate risquant de ne pas marcher… Mais ce fut la surprise : ce livre arrive en quatrième position de nos ventes, derrière Riel, Wassmo et Moberg. C’est suite à cela que nous avons publié l’Anthologie de la Nouvelle Serbe, car il nous fallait d’abord réussir un roman avant de la sortir. L’expérience en a montré l’intérêt : le succès des ventes des Loups de Voïvodine a tiré celles de l’Anthologie, un pari difficile.

Il y a le québécois Les Allusifs, qui nous a ‘piqué’ Basara, ce qui nous un peu choqués, car nous avions déjà publié plusieurs de ses titres. Parfois, des auteurs tentent eux-mêmes de promouvoir leurs œuvres et vendre leurs droits, alors que je trouve le rôle de l’éditeur si central. Mais Basara, comme beaucoup d’auteurs serbes, n’est pas défendu par une maison d’édition et il démarche lui-même… oubliant de nous avertir de l’intérêt de cet éditeur canadien, qui lui avait pourtant apparemment demandé ce que Gaïa en pensait…

Apprenant la nouvelle sur Internet, nous avons appelé l’éditeur, très surpris de ne pas être informés… Si Basara avait été défendu par un éditeur serbe, il aurait peut-être été publié ailleurs mais nous en aurions au moins été avertis, évitant ce désagrément qui nuit aux relations. Dommage car nous apprécions son œuvre. D’un autre côté, nous ne réussissions pas à le promouvoir comme il se doit, peut-être marchera-t-il mieux ainsi, car si nous avions réussi, nous aurions vraiment pu nous permettre d’être mécontents !

J’adorerais continuer, et je voudrais prendre le temps de m’en occuper sérieusement.

Il y eut beaucoup de discussion sur le choix de la couleur…
Pour le concept, il nous fallait tenir compte de ce que plus on a de titres, plus les gens ont besoin de classification dans le catalogue. Et nous avions déjà les séries des Riel et Wassmo, les sagas, la littérature classique, et les auteurs plus ‘jeunes’ dont nous avons pensé qu’il fallait différencier entre eux et des autres…

Or nous avions publié l’Allemande Renate Finckh, dont Medium avait sorti Nous construirons une ère nouvelle, un livre sans public adulte car justement publié dans une collection jeunesse : c’était vraiment dommage. D’ailleurs, la collection Médium chez L’Ecole des loisirs, destinée à un public jeune, a des livres fabuleux que tout adulte devrait lire ! Le marché est trop compartimenté : littérature jeunesse d’un côté, littérature adulte de l’autre. En librairie, c’est comme ça : un adulte ne va pas s’acheter un livre au rayon jeunesse, même si beaucoup de livres pourraient être lus par les ados et les adultes !

Puis un jour nous avons rencontré Jean-Baptiste Coursaud, journaliste et traducteur, grand spécialiste de la littérature nordique dont il lit toutes les langues par le hasard de la vie : il pensait comme nous mais il n’était pas éditeur. Alors nous avons décidé de travailler ensemble, en créant Taille Unique dans le but de proposer des titres pour ces deux publics. Et connaissant le marché, nous avons pris grand soin de préciser en long et en large que ce n’était pas une collection pour ados, mais bien une collection pour adultes pouvant être également lue par les plus jeunes.

Peine perdue ! A la sortie des premiers livres, Livres Hebdo, l’hebdomadaire destiné aux professionnels de l’édition, fit un grand article sur quatre nouvelles collections pour les ados ! Bref, dès que le mot jeune est prononcé, les livres se retrouvent automatiquement au rayon jeunesse ! Il fallait donc arrêter de communiquer sur le concept, et ne parler plus que des livres, comme à nos débuts où nous ne parlions pas de Gaïa, mais uniquement de nos livres… Après tout, le lecteur n’est pas intéressé par un concept de collection, mais par un bon roman.

Je voulais simplement continuer à publier ce que j’aimais, car le polar scandinave n’ennuie pas : il raconte la vie et apporte quelque chose… Pour moi, la différence entre un bon polar et un mauvais, c’est que j’ai oublié le second dès le lendemain. Il peut me divertir, mais s’il n’enseigne rien ou ne donne pas matière à réflexion, je perds mon temps… J’essaie donc de ne publier que des titres qui le méritent et qui reviennent à l’esprit : Jo Nesbø, Fredrik Skagen, Gunnar Staalesen, Leif Davidsen, pour en mentionner quelques uns…

Cependant, les amateurs de polars s’assurent plus de leur achat que le lecteur habituel de Gaïa, et prennent donc moins de risques. C’est pourquoi nous avons pris ici un papier blanc. Le polar d’ailleurs se vend beaucoup plus en poche, il est beaucoup plus dans la consommation, sans connotation négative, et il faut le savoir.

Non, je n’en vois pas l’intérêt, vu l’excellent travail réalisé par 10/18, Le Livre de Poche, Points Seuil et Folio. Quand 10/18 nous contacta la première fois, nous nous sommes demandés si ce serait intéressant pour nous. Ce le fut, mais nous l’ignorions encore… Nos livres d’ailleurs se vendent encore mieux après leur sortie en poche : on dit que c’est le contraire en principe, mais pas pour nous !

Folio policier nous contacta pour Staalesen. Chez nous, les premiers volumes se sont vendus à environ 3.000 exemplaires, et chez Folio à plus de 10.000 exemplaires chacun des deux premiers, en quelques mois… Les Editions de l’Aube ont leur propre collection de poche, je me demande comment ils y arrivent : je doute que leurs résultats rivalisent avec nos poches : 10/18 vend très bien Wassmo et Riel, idem pour Le Livre de Poche avec La Saga des Emigrants et Folio avec nos polars.

En fait, intégrer la marge que prend Folio en créant notre propre collection, comme Actes Sud avec Babel, ne nous intéresse pas : Actes Sud est connu, il a tout ce qu’il faut, du public à la diffusion. Et il n’y plus que les simples royalties : le travail et le réseau des éditeurs de poche soutiennent mieux ainsi notre catalogue, en maintenant nos anciens titres et en étendant notre visibilité.

A nos débuts, nous savions que publier les meilleurs livres et auteurs du monde ne suffisait pas pour assurer leur vente. Il fallait les montrer et les rendre visibles, tâche nettement plus ardu pour une petite maison d’édition, d’autant que nul chez nous n’avait d’expérience dans l’édition. Or une librairie présente tellement de livres que ç’en est décourageant pour qui veut se lancer dans l’édition ! Nous n’étions que deux en 1991, mais avec l’ambition de lancer des auteurs étrangers inconnus : une idée folle ! Il fallait donc susciter la réaction : être remarqués certes, mais aussi se démarquer.

D’où l’idée de la couleur. Le principe acquis, il fallait choisir la couleur . Nous nous sommes donc adressés à un excellent éditeur imprimeur de Cognac, Georges Monti des éditions Le Temps qu’il fait, dont nous voulions qu’il imprime nos premiers livres, sûrs de la qualité. Il accepta de nous conseiller, et imprima nos deux premiers livres dont Randall entre les Autres de l’Américaine Sue Miller, un pavé de 600 pages tiré à 3.000 exemplaires, soit un peu au-dessus des capacités de son imprimerie. Nous étions donc un peu ennuyés vis-à-vis de lui de devoir passer à France Quercy pour la suite, mais je crois qu’il en était plutôt soulagé…

Georges Monti réalisa l’étude du coefficient de lisibilité, théoriquement meilleur sur notre papier que sur papier blanc, où le contraste considérable entre fond et caractères noirs peut fatiguer les yeux. Observer ensuite les réactions dans les salons fut amusant : les gens trouvaient le papier saumon intéressant, voire illisible. En effet, certains peinent à lire, si bien que d’une manière générale, nous proposons au lecteur d’orienter sa lampe plus directement sur les pages pour un meilleur éclairage…

La théorie du coefficient de lisibilité est une chose, mais moins importante que l’habitude, dont nous avons pris conscience petit à petit. Pendant deux ou trois ans, nous avons douté du choix, jusqu’à constater la quantité de gens qui aimaient notre papier pour sa différence. En fin de compte, même si l’‘accoutumance’ n’avait pas été prévue, elle fut une raison de notre succès, couplée à la satisfaction que retiraient les gens cherchant une littérature différente et qui prenaient même le risque d’acheter un auteur répondant au nom de Bergljot Hobæk Haff, un livre pas comme les autres. La démarche était cohérente.

Oui. Nous sommes déçus qu’Actes Sud ait abandonné son papier vergé, car nous estimons qu’un texte est servi par le bel objet. D’ailleurs, nous en achetons et offrons moins depuis…

Je suis d’accord : j’ai pris conscience grâce à mon compagnon que l’ objet-livre est très important. M’occupant des textes, c’est lui qui prit en charge nos formats et couvertures, insistant dès le départ sur la qualité du papier. Au début, nous avions un vergé saumon, car nous tenions à la qualité. Mais à un moment, il nous fallut choisir entre le vergé et la couleur, que nous avons gardée : un surcoût de quelque 20% sur le prix du papier.

Or Gaïa aime les gros romans, ce qui n’aide pas à la rentabilité, d’autant que les traductions au français aboutissent à une extension du texte d’origine. Ce taux de foisonnement peut atteindre 20% depuis le Norvégien, dit-on… Le phénomène est connu et systématique : comme l’Anglais, les langues nordiques créent facilement des mots et des composés. Ainsi, Le Jour avant le Lendemain de Jorn Riel nous posa des difficultés, car le titre danois, simple et poétique, tient en deux mots : Før morgendagen. C’est une manière de dire le jour avant le lendemain, pas la plus simple certes, mais différente et poétique. Ne pouvant rendre cette poésie en français, on a opté pour un titre un peu énigmatique, au prix d’une série de mots là où deux mots danois suffisent.

Nous avons souvent parlé d’Actes Sud ici : au début, Gaïa fut souvent comparée aux débuts d’Actes Sud pour l’aspect assez différent de ses livres. Nous sommes proches aussi de l’Esprit des Péninsules, vous pourriez demander un entretien avec Eric Naulleau, un éditeur passionné et très pointu. En fait, beaucoup d’éditeurs travaillent dans le même esprit que nous : tous ceux qui sont passionnés par la littérature, et je ne vois pas ce qui pourrait pousser quelqu’un à se lancer dans ce métier à part la passion, sinon une ignorance totale du métier qui est un secteur extrêmement fragile.

Des français qui, pour des raisons souvent personnelles, familiales, ont une connaissance approfondie d’une des langues nordiques.

On peut évidemment avoir des soucis avec une traduction, mais cela ne vient pas du fait que je lis les langues scandinaves. Chez nous, c’est Evelyne Lagrange qui réceptionne les traductions et qui lit et corrige les épreuves. Une bonne correctrice n’a pas besoin de connaître la langue d’origine pour repérer les maladresses, je dirais même que cela peut être un avantage pour ne pas se laisser distraire par la langue d’origine, comme c’est parfois le cas du traducteur. Mais s’il y a besoin d’un retour au texte d’origine, il est bien sûr très pratique pour Evelyne d’avoir une danoise sous la main.

En 2003 et 2004, dix-huit titres par an, que nous avons réduit à quinze en 2005 : 2004 fut une année difficile… Nous étions chez Dif Edit, la filiale diffusion et distribution du groupe de La Martinière qui, en rachetant Le Seuil en janvier 2004, regroupa ses activités de diffusion-distribution avec celles de Dif Edit dans une nouvelle structure : Volumen. S’en sont suivis d’énormes problèmes logistiques six mois durant, perturbant en particulier l’automne 2004 : erreurs, retards et mauvais réassorts en librairie… La presse en a suffisamment parlé.

Conditions de travail agréables : espace, air, tranquillité, ce qui ne nous empêche pas, au contraire, d’être efficaces et de travailler parfois dans le stress. Quand nous avons besoin de nouveaux collaborateurs sur place, cela n’est pas toujours très facile à trouver. Nous cherchons surtout à intégrer dans notre équipe des jeunes motivés pour se créer une expérience et évoluer en travaillant, comme nous l’avons fait nous-mêmes. Cela crée des liens d’équipe qui sont importants.

Spectateurs turbulents

Bonjour,
J’enseigne le français au lycée, et je souhaiterais qu’on m’indique des références – précises – de textes – accessibles – (c’est beaucoup demander…) à propos de l’attitude des spectateurs face à ce qui est joué sur scène.
Je recherche des témoignages d’époque sur le brouhaha au 17e siècle, le comportement des bourgeois sur scène, la naissance de la claque, etc.
Je cherche aussi des anecdotes, comme celle (dont je ne retrouve plus la source) où Stendhal, si j’ai bonne mémoire, parle d’un soldat qui aurait tiré un coup de fusil pour empêcher l’acteur qui joue Othello de tuer Desdemona.
J’aimerais aussi avoir des pistes pour tout ce qui concerne les tentatives de sortir du cadre du théâtre à l’italienne et de faire participer les spectateurs (vaste sujet).
Question subsidiaire : à partir de quand (et pourquoi) le public de théâtre est-il devenu docile, muet ?
D’avance merci.
Vincent A.

En ce qui concerne l’anecdote du soldat de Baltimore rapportée par Stendhal, elle figure dans Racine et Shakespeare (chap 1). Pour la question subsidiaire, un élément de réponse serait peut-être à chercher du côté de la grande trouvaille d’Antoine : plonger la salle dans l’obscurité en laissant la scène éclairée.
Cordialement
Marc V.

Si ma mémoire est bonne, vous trouverez dans la biographie de Molière par R. Duchêne, chez Fayard (que vous trouverez en librairie) au moins deux choses concernant la violence des spectateurs au XVIIe:
– une anecdote un peu à la marge de votre question: le portier du théâtre se serait fait casser la figure par un spectateur qui ne voulait pas payer.
– un événement très important, dont on doit aussi parler ailleurs: l’interdiction du port d’armes dans les salles de spectacle.
Cordialement,
Jean de G.

La scène où les spectateurs essaient d’empêcher l’acteur qui joue Othello de tuer Desdemona a également été reprise par Pasolini dans un de ses premiers films qui s’intitule “Che cosa sono le nuvole?”.
Bien à vous,
Marco B.

Dans Théâtre et Lumières (Les spectacles de Paris au XV!!!e siècle) Fayard 2001, Maurice Lever traite de «la démocratie du parterre (pages 25 à 30) et cite plusieurs écrits du temps qui racontent des anecdotes d’auteurs tels: Marmontel, la Harpe, Restif de la Bretonne etc…
Vous pourriez aussi chercher du coté de Richard Wagner qui le premier à utiliser l’obscurité dans la salle; le journal intime de Cosima Wagner est maintenant disponible.
Bien à vous,
Renée N.

Une bonne partie des réponses aux questions posées concernant l’attitude des spectateurs au 17e s. se trouve dans l’article de Christian Biet, “L’avenir des illusions, ou le théâtre et l’illusion perdue”, pp.175-214 de la revue Littératures classiques, n° 44, hiver 2002, consacré à “L’illusion au 17e siècle”
G. Forestier

Bonjour,
1/ A propos de l’attitude des spectateurs face à ce qui est joué sur scène:
– la première partie du livre d’Yvon Belaval “L’esthétique sans paradoxe de Diderot” , NRF, 1950 : Diderot au théâtre.
– et pour le 17 ème, dans “La dramaturgie classique en France” de Jacques Scherer (Nizet, 1986) la troisième partie : l’adaptation de la pièce au public.p367
2/ En ce qui concerne la claque, c’est Néron qui l’aurait instituée :
cf. Bernard Dort, La pratique du spectateur 7, Le dernier moment (Cahiers de la Comédie-Française n°9, automne 1993, p 121)
3/ Pour la participation du spectateur, on peut aller voir du coté du théâtre de l’opprimé d’Augusto Boal
Enfin pour votre question subsidiaire, je ne pense pas que les spectateurs soient devenus dociles après cela, mais un moment important en France aura sans doute été la décision royale de faire intervenir la troupe afin de séparer la scène de la salle et d’empêcher les nobles d’assister aux représentations en se promenant entre les comédiens. Peut-être faut-il effectivement attendre Antoine et le noir de la salle ?
Cordialement
Dimitri W.

Bonsoir,
Dans son Apologie du théâtre (Courbé, 1639), Georges de Scudéry divise le public en trois catégories: “sçavans, preocupez, & ignorans” et subdivise cette dernière catégorie “en ignorans des Galleries, & en ignorans du Parterre,” (p. 89). Selon Scudéry, c’est uniquement cette dernière catégorie, “cet animal à tant de testes & à tant d’opinions, qu’on appelle Peuple” (p. 97), qui perturbe le bon déroulement du spectacle. Si la chose était avérée, il conviendrait peut-être d’imputer une partie de l’assagissement (ou de l’assoupissement) du public à la désaffection de ce “peuple” que le théâtre ne parvient plus guère à intéresser…
Eugène Despois, dans Le théâtre français sous Louis XIV (Hachette, 1874), fait état de plusieurs incidents qui perturbèrent, voire annulèrent le spectacle, comme, par exemple, le jour où le marquis de Livry ne trouve rien de mieux que d’installer avec lui sur le théâtre son chien danois, ou encore les mousquetaires qui prétendent entrer sans payer et, une fois à l’intérieur, se mettent à taper sur une bassinoire… Mais que fait donc la police??
Comme le suggère Christian Biet dans «Le théâtre et l’illusion perdue» , évoqué précédemment par G. Forestier, c’est en ignorant superbement les réalités contraignantes de ce lieu de sociabilité qu’est le théâtre que les “doctes” théorisèrent l’illusion mimétique. Confronté aux aléas d’une salle aux limites incertaines et poreuses, qui donne à voir autant qu’elle se donne à voir, le système théorique fondé sur la perspective «explose littéralement et s’ordonne sur une vision circulaire» (185).
J.-Cl. Vuillemin

Kaixo!
Vous parlez de décision royale de faire intervenir la trupe, pouvez vous m’indiquer la période?
Milesker
Ixabel

Bonjour,
Les réactions de la salle sont aussi en rapport avec l’histoire du jeu de l’acteur et de sa force d’empathie – à distinguer du processus d’identification: l’exemple le plus parlant reste le Grand-Guignol, sous-genre dans lequel il s’agit de communiquer le “fluide” ( terme employé par Chimier, par Maxa et par tous les acteurs du genre pour désigner la relation acteur-spectateur). Le public n’est pas passif : il rue, sue, bêle, appelle au secours, réagit avec son corps. Alexandre Dumas s’exprimait dans ces termes concernant le jeu de Marie Dorval qui jouait dans Antony, et l’on pourrait facilement appliquer ces propos à l’acteur de Grand-Guignol:
“Elle fait oublier l’illusion à force d’illusion, [.] ne laisse pas respirer un instant le spectateur, l’effraie de ses craintes, le fait souffrir de ses douleurs et lui brise l’âme de ses cris, au point qu’elle entende dire autour d’elle : Oh ! grâce , grâce, c’est trop vrai !”
“C’est trop vrai!”: Nous ne connaissons plus ce genre de rapport scène/salle. Le Grand Guignol s’éteint définitivement au moment de la naissance du théâtre épique et de la distance qu’il implique.
Bonne année…
Isabelle B.

Bonjour,
C’est en 1672 et 1673, à la suite de l’agression à l’Opéra d’un Procureur du roi, que Louis XIV publie les deux premières ordonnances destinées à assurer la sécurité au théâtre. Elles ne sont guère suivies d’effets.
En 1697, le lieutenant de Police d’Argenson mettra en place une véritable police des théâtres et veillera non seulement à la sécurité des spectateurs et comédiens, mais imposera le silence et contrôlera le répertoire.
Cependant, ce n’est que le 30 avril 1759 que le Comte de Lauraguais libérera le plateau des nobles en rachetant les banquettes et ce n’est qu’en 1782 que le turbulent public du parterre sera assis.
Vers 1758, Diderot regrette cette évolution :
“ Il y a quinze ans que nos théâtres étaient des lieux de tumulte. Les têtes les plus froides s’échauffaient en y entrant, et les hommes sensés y partageaient plus ou moins le transport des fous. (…) On s’agitait, on se remuait, on se poussait, l’âme était mise hors d’elle-même. Or, je ne connais pas de disposition plus favorable au poète. (…) Aujourd’hui, on arrive froids, et je ne sais où l’on va. Ces fusiliers insolents préposés à droite et à gauche pour tempérer les transports de mon admiration, de ma sensibilité et de ma joie et qui font de nos théâtres des endroits plus tranquilles et plus décents que nos temples, me choquent singulièrement. ”
Cordialement
Dimitri W.

J’ai écrit sur les spectateurs turbulents dans le parterre parisien au XVIIe-XVIIIe siècle, d’après des archives policières, dans mon livre: The Contested Parterre. Public Theater and French Political Culture, 1680-1791. (Ithaca et Londres, presse universitaire de Cornell, 1999). Il y a aussi un article en français qui résume une partie du livre: “Le Théatre et ses publics. Pratiques et représentations du parterre au XVIIIe siècle” Revue d’histoire moderne et contemporaine 49-3 (juillet-septembre 2002), p. 89-118. Là vous pouvez trouver des citations et d’autres renseignements.
Jeffrey R.